—Voilà le troisième parti avec les deux autres! s'écria le nègre.

Et il releva le rideau pour entrer, disant:

—Moi aussi, je veux frapper! J'ai promis à mon maître de frapper.

—Vous frapperez tous, ceux qui voudront frapper! s'écria la comtesse. Il y a dans cette gloire de la place pour mille poignards. Je hais l'homme bien plus que vous, puisque je l'admire et que je l'ai aimé à genoux: je le hais comme l'impie abhorre Dieu! Moi aussi, je veux frapper: je ne l'ai promis à personne, je me le suis juré à moi-même!

Le docteur et le nègre baissèrent les yeux sous le foudroyant éclat de son regard.

—Quand vous êtes là, Addhéma, murmura Ceracchi, les doutes s'évanouissent, et l'on est tenté de croire en vous. Le sang versé est comme un poids sur ma conscience; mais si mon frère est vengé, la joie guérira le remords… Que faut-il faire?

—Que faut-il faire? répéta le nègre en tendant à la comtesse un portefeuille et trois écrins.

—La dernière goutte de sang innocent a coulé, répondit-elle, et tu as gardé tes mains pures, Andréa Ceracchi. C'est le partage qui fait la complicité. Tu es resté pauvre au milieu de tes frères enrichis. Nous voici arrivés à l'heure suprême. Rends-toi une fois encore au lieu de nos réunions. Que la lampe de nos conseils s'allume encore une fois dans la maison solitaire, à qui l'histoire donnera peut-être un nom. Tous les frères de la Vertu seront présents; ils ont été convoqués aujourd'hui même. C'est toi qui présideras, car je n'arriverai qu'au moment d'agir, et avec Georges Cadoudal lui-même…

—Ferez-vous cela? s'écria Ceracchi, amènerez-vous le taureau du
Morbihan?

—J'engage ma foi que je ramènerai avant que la troisième heure après minuit soit sonnée… En attendant le signal qui vous annoncera notre venue, voici ce que vous aurez à faire. Il est bon que nos secrets de famille ne soient point confiés à ce Georges Cadoudal.