Dans la chambre sans fenêtres, Jean-Pierre Sévérin et son protégé
Patou étaient penchés sur le sommeil de Kervoz.

—Comme il est changé! murmura Jean-Pierre, et comme il a dû souffrir!

—Ces quarante-huit heures, répondit l'étudiant en médecine, ont été pour lui un long rêve, ou plutôt une sorte d'ivresse. Il n a pas souffert comme vous l'entendez, patron.

—La sueur inonde son front et coule sur sa joue hâve.

—Il a la fièvre d'opium.

—Et ne peut-on l'éveiller?

Germain Patou hésita.

—C'est si drôle les évangiles de ce Samuel Hahnemann! murmura-t-il enfin. On n'ose pas trop en parler aux personnes raisonnables. C'est bon pour les cerveaux brûlés comme moi… Similia similibus… Si j'étais tout seul, j'essayerais les Formules du sorcier de Leipzig.

—Quelles sont ces formules? Ne parle pas latin.

—Je parlerai français. Il y a beaucoup de formules, car le système de Samuel Hahnemann étant précis et mathématique comme une gamme, la chose la plus mathématique qu'il y ait au monde, varie et se chromatise selon l'immense échelle des maux et des médicaments; seulement ces milliers de formules s'unifient dans LA FORMULE: Similia similibus curantur, ou plutôt, car la règle elle-même est exprimée d'une façon lâche et insuffisante: CECI est guéri par CECI; au lieu de l'ancienne norme, qui disait: Ceci est guéri par CELA.