—Ce sont des mots, murmura Jean-Pierre Sévérin, et le temps passe.

—Ce sont des choses, patron, de grandes, de nobles choses! Le temps passe, il est vrai, mais ce ne sera pas du temps perdu, car votre jeune ami, M. René de Kervoz, est déjà sous l'influence d'une préparation hahnemannienne. Je lui ai délivré le traitement qui convient à son état.

L'oeil de Jean-Pierre chercha sur la table de nuit une fiole, un verre, quoi que ce soit enfin qui confirmât l'idée d'un médicament donné.

Il ne vit rien.

—Tu as osé?… commença-t-il.

—Il n'y a point là d'audace, l'interrompit Germain Patou. Vous pourriez prendre ce qu'il a pris et mille fois, et cent mille fois la dose, sans que votre constitution en éprouvât aucun choc.

—Cent mille fois! répéta Jean-Pierre indigné. Quelle que soit la dose…

—Un million de fois! l'interrompit Patou à son tour. C'est le miracle, et c'est le motif qui retardera la vulgarisation du plus grand système médical qui ait jamais ébloui le monde scientifique. Quand l'école Sangrado sera à bout d'arguments pour combattre le jeune système, elle s'écriera: Mensonge! momerie! imposture! Hahnemann ne donne rien qu'une matière inerte et neutre: du sucre, du lait ou de l'eau claire! Et en effet, dans ce que Hahnemann distribue, l'analyse chimique ne découvrirait rien.

—Mais alors…

—Mais alors connaissez-vous le chimiste qui découvrirait, par l'analyse ordinaire, le principe vivifiant du bon air et le principe malfaisant de l'atmosphère en temps d'épidémie? Si quelqu'un vous dit qu'il le connaît, répondez hardiment: C'est un menteur! L'air libre rend les mêmes éléments partout à l'analyse… et pourtant il y a un air qui donne la santé, un air qui produit la maladie… j'entends l'air qui est sous le ciel, car le miasme concentré dans un endroit clos s'apprécie chimiquement… Vous pouvez donc être tué ou guéri par une chose infinitésimale, échappant à des instruments qui reconnatraîent aisément la millionième partie de la dose d'arsenic, par exemple, qui ne suffirait pas à vous donner la colique…