René de Kervoz fit un mouvement brusque sur son lit.

—Il a bougé, dit Jean-Pierre.

Patou prit dans la poche de son frac une boite plate un peu plus grande qu'une tabatière et l'ouvrit:

—J'ai passé bien des nuits à fabriquer cela, dit-il avec un naïf orgueil. On fera mieux, mais ce n est pas mal pour un début.

Dans la boite, il y avait une vingtaine de petits flacons, rangés et étiquetés. Patou en choisit un, disant encore:

—Jusqu'à présent, notre pharmacie n'est pas bien compliquée; mais le maître cherche et trouve… Là, patron, voulez-vous ma confession? Si je venais à découvrir que cet homme-là est un fou ou un imposteur, j'en ferais une maladie!

Ayant débouché un des petits flacons, il en retira une granule qu'il enfila à la pointe d'une aiguille, piquée pour cet objet dans la soie qui doublait la boîte.

René de Kervoz avait entr'ouvert ses lèvres pour murmurer des paroles indistinctes. Patou profita d'un instant où les dents du dormeur se desserraient, et introduisit lestement le globule, qui resta fixé sur la langue.

—Que lui donnes-tu? demanda Jean-Pierre.

—De l'opium, répondit l'étudiant.