Georges le regardait stupéfait. Quelques hommes protégeaient déjà les derrières de la voiture, où les agents de police résistaient mollement à une vigoureuse poussée.

—Compère Sévérin, dit Georges en montrant du doigt le coeur que le gardien portait sur la poitrine, est-ce que vous êtes aussi pour Dieu et le roi?

—Pour Dieu, oui, monsieur Morinière, répliqua Gâteloup, mais au diable le roi!… Montez à cheval et prenez la clef des champs, je me charge de retenir ceux qui vous pourchassent.

Georges fronça le sourcil.

Gâteloup le regardait en face.

—Ah ça! ah ça! grommela-t-il, vous avez une drôle de figure aujourd'hui, compère. Seriez-vous vraiment Georges Cadoudal?

—Vieil homme, répliqua Georges, qui ne riait plus, je vous remercie de ce que vous avez voulu faire pour moi. Soigner mon neveu, qui n'est pas cause et qui aime peut-être ce que nous combattons, là-bas, devers Sainte-Anne-d'Auray, la noble terre où je suis né… Je ne suis pas Normand, je suis Breton… Je ne suis pas Morinière le maquignon; je suis Georges Cadoudal, officier général de l'armée catholique et royale… Je ne suis pas un assassin, je suis un champion arrivant tout seul et tête haute contre l'homme qui a des millions de défenseurs… Ecartez-vous de moi: votre chemin n'est pas le mien.

Gâteloup baissa la tête et s'éloigna sans mot dire.

Georges se redressa, passa deux des quatre pistolets qui lui restaient à sa ceinture et prit les autres, un dans chaque main.

—Qu'on se le dise! cria-t-il de toute la force de sa voix: je suis le chouan Cadoudal, et je viens combattre celui qui veut se faire empereur!