Ce ne furent plus seulement les agents de police, ce fut la foule entière qui se rua en avant. Paris entier était amoureux du premier consul. Georges déchargea ses quatre pistolets et saisit les épées. La première se brisa avant qu'on fût maître de lui. Quand il tomba, chargé de sang de la tête aux pieds, il n'avait plus dans la main qu'un tronçon de la seconde.
La dernière blessure qu'il reçut lui vint d'un garçon boucher, qui le frappa avec le couteau de son étal.
Il n'était pas mort. Les agents n'osaient l'approcher. Ce fut le même garçon boucher qui lui jeta au cou la première corde.
Cinq minutes après, au moment où la charrette qui avait arrêté le cabriolet de Georges Cadoudal l'emmenait, garrotté, à la Conciergerie, un homme parut au milieu des agents qui formaient le noyau de la foule immense rassemblée au carrefour de Buci.
—Voilà comme je mène les choses! dit cet homme, qui se frottait les mains de tout son coeur.
—Tiens! fit Charlevoy, on ne vous a pas vu pendant l'affaire, monsieur Barbaroux!
—Je crois bien, dit M. Berthellemot en fendant la presse, il n'y était pas! Il n'y avait que moi!… Mes enfants, je suis content de vous. Nous avons fait là un joli travail. Tout était combiné à tête reposée, j'avais pris des notes, parole mignonne!
M. Berthellemot était en train de faire craquer un peu les phalanges de ses doigts, quand un autre organe plus majestueux prononça ces mots:
—Rien ne m'échappe. Il fallait ici l'oeil du maître. Je suis venu au péril de ma vie.
—Monsieur le préfet!… balbutia le secrétaire général.