D'ordinaire, quand la réalité prend la parole, la fantaisie se tait, et, au milieu de ces grands troubles de l'opinion publique, ce n'est, en vérité, pas l'heure de raconter des histoires de coin du feu. Nous devons constater néanmoins que Paris s'occupait de la vampire plus qu'il ne l'avait fait jamais.

J'entends Paris du haut en bas, Paris le grand et Paris le petit.

Ce matin, le premier consul avait causé de la vampire avec Fouché, et comme le futur ministre de la police exprimait très vivement la pensée que l'existence des vampires devait être reléguée parmi les absurdités d'un autre âge, celui qui allait être empereur avait souri…

De ce sourire de bronze que nul diplomate ne se vanta jamais d'avoir traduit à sa guise.

Le premier consul croyait-il aux vampires?

Question oiseuse. Personne ne croit aux vampires.

Et cependant, parmi le grand fracas des nouvelles politiques, une sourde et sinistre rumeur glissait. Le mot vampire était dans toutes les bouches. On dissertait, on commentait, on expliquait. Les hommes forts en étaient réduits à reprendre en sous-oeuvre l'idée mise en avant depuis longtemps à savoir, que «la vampire» était uniquement une bande de voleurs.

Cette manière de voir les choses avait un certain succès, mais l'immense majorité tenait à son monstre et lui donnait un nom franchement. La vampire était une vampire et s'appelait la comtesse Marcian Gregoryi.

Elle était belle à miracle, et jeune, et séduisante. Elle affectait une grande piété. C'était dans les églises qu'elle tendait principalement ses filets, sans exclure les théâtres ni les promenades.

La circonstance qu'elle avait tantôt des cheveux blonds, tantôt des cheveux noirs était soigneusement notée. Mais on ne peut changer la nature des Parisiens. Leur superstition même a le mot pour rire. Ce miracle des chevelures était tout bonnement pour eux une affaire de perruques.