Et, en somme, le secret tout entier était peut-être là!
Ses pièges s'adressaient surtout aux étrangers. Elle les affolait d'amour et les conduisait jusqu'au mariage.
Comme le mariage civil ne plaisante pas et qu'on ne peut épouser qu'une fois à la mairie, elle s'introduisait, sous couleurs de bonnes oeuvres, ou même de politique, dans la confiance de ces saints prêtres, qui vivent en dehors du monde, au point de ne plus savoir l'heure que marque l'horloge historique. Ils furent de tout temps nombreux et faciles à tromper.
Elle les trompait. Elle inventait des fables qui rendaient indispensable le secret du mariage religieux. Ces fables avaient toujours une couleur de parti. La persécution explique tant de choses!
Quant à elle, et provisoirement, le mariage religieux, célébré selon cette forme si simple qu'un récent procès a mise en lumière (une messe entendue et le consentement mutuel murmuré au moment voulu), suffisait à satisfaire sa conscience.
Après la messe, les deux nouveaux époux montaient en voiture. Le mari avait annoncé la veille son départ pour un long voyage.
Et, en effet, il partait pour un pays d'où l'on ne revient pas.
Notez que chaque prêtre était intéressé à garder le secret, en dehors même des raisons respectables qu'elle donnait.
Qu'il y eût ou non exagération, les gens disaient aujourd'hui que la plupart des paroisses de Paris avaient marié la comtesse Marcian Gregoryi.
On citait surtout ses trois dernières victimes, les trois jeunes
Allemands du Wurtemberg: le comte Wenzel, le baron de Ramberg et Franz
Koënig, l'opulent héritier des mines d'albâtre de la forêt Noire.