Vous eussiez dit que ces mystères, si longtemps et si profondément cachés, avaient éclaté au jour tout d'un coup.
Et à mesure que les détails allaient se croisant, ils se corroboraient l'un l'autre. Ce n'étaient plus des suppositions, c'étaient des certitudes. Il y avait des rapports officiels. Par un coin que nul ne connaissait, mais dont tout le monde parlait, la vampire se trouvait mêlée aux attentats récents dirigés contre la personne du premier consul.
Elle avait touché à la machine infernale, a la conjuration dite du
Théâtre-Français, et enfin à la conjuration de Georges Cadoudal.
Ces choses vont comme le vent: vers midi, la vampire était la maîtresse de Georges Cadoudal, après avoir été la maîtresse du sculpteur romain Giuseppe Ceracchi.
Puis un nouveau flux de renseignements arriva: la comtesse Marcian Gregoryi était morte d'un coup de pistolet dans la propre demeure du chef chouan.
Puis un autre encore: elle avait été tuée par un jeune homme qui restait en vie par miracle, puisqu'elle avait bu tout son sang.
Ce jeune homme avait été trouvé dans une sombre demeure du Marais, au fond d'un véritable cachot, sans porte ni fenêtre, endormi d'un sommeil mortel.
Et la demeure en question communiquait par des passages souterrains avec ce cabaret fameux, la Pêche miraculeuse, qui avait vécu durant des semaines et des mois de ce sinistre achalandage: les débris humains, descendant en Seine par l'égout de Bretonvilliers.
On n'oubliait pas, bien entendu, les cimetières violés, et l'on se demandait avec effroi pourquoi ce luxe d'horreurs.
Dans l'après-midi, troisième marée de nouvelles: une maison de la chaussée des Minimes, prise d'assaut par la police, avait révélé des excès tellement hideux que la parole hésitait à les transmettre. C'était là le grand magasin de cadavres, et toute cette comédie lugubre du quai de Béthune n'avait pour but que de rompre les chiens.