M. Dubois, préfet de police, sur les indications données par la comtesse Marcian Gregoryi, avait fait cerner, la nuit précédente, la maison isolée du chemin de la Muette, au faubourg Saint-Antoine, où se réunissaient les Frères de la Vertu.
Quoi qu'on puisse penser des mérites de M. Dubois comme préfet de police, il est certain que ce n'était point un homme de mesures extrêmes.
Il ne fut en aucune façon la cause de l'événement que nous allons raconter.
Vers une heure après minuit, les Frères de la Vertu étaient rassemblés au lieu ordinaire de leurs réunions, attendant la venue de la comtesse Marcian Gregoryi, qui devait leur amener Georges Cadoudal.
La séance était fort chaude, car la plupart des affiliés avaient des motifs de haine tout personnels. On peut dire que tous les membres de cette Tugenbaud parisienne avaient soif du sang du premier consul.
Vers une heure et demie, un message de «la souveraine», comme on appelait la comtesse Marcian Gregoryi, arriva. Ce message ne contenait qu'une ligne:
«Vous êtes trahis. La fuite est impossible. Choisissez entre la trahison et la mort.»
Andréa Ceracchi donna l'ordre de déboucher le tonneau de poudre qui était à demeure dans la salle des séances.
On alla aux voix sur la question de savoir si, en cas de malheur, on se ferait sauter.
Les affiliés étaient au nombre de trente-trois. Il y eut unanimité pour l'affirmative.