Germain, éveillé par ces bruits extérieurs, fit sur lui-même un violent effort, et appliqua le creux de sa main droite sur le sein, à la place où le coeur aurait dû battre.
C'était froid; cela ne battait plus.
Germain ne sentit rien, sinon les pulsations de ses propres artères qui se précipitaient avec extravagance.
Il ne sentit rien, car le verbe sentir exprime un fait net et positif,—mais il éprouva quelque chose d'extraordinaire et de puissant qu'il compara lui-même à une profonde magnétisation.
Tout son être chancela en lui, comme si la séparation allait se faire entre l'âme et le corps. Pour la première fois depuis qu'il vivait, pour la dernière fois peut-être jusqu'à l'heure de son décès, il eut conscience des deux principes composant sa propre entité.
Il reconnut, par une perception passagère, mais robuste, la matière ici, là l'esprit.
Ce fut un déchirement plein de douleur, en quelque sorte voluptueux.
Cela ne dura qu'un instant: le temps que met une lampe à jeter ce grand éclat qui précède sa fin.
Puis, tout devint vague. Il chercha son âme comme tout à l'heure il cherchait sa pensée.
Il voulut retirer sa main, il ne put; les muscles de son bras étaient de pierre.