—Le comte Szandor va vendre une nuit d'amour à sa femme Addhéma.
Et ils pesèrent sur leurs avirons pour descendre vitement vers
Belgrade.
Au prix d'un trésor, nul n'aurait voulu approcher de la forteresse maudite.
Qui donc raconta ce qui s'y passa cette nuit? qui le premier? On ne sait, mais cela se raconte.
Ainsi sont faites toujours les traditions populaires.
Et peut-être trouveriez-vous là l'origine de la foi qu'elles inspirent. On y croit parce que personne ne peut dire le nom du menteur qui les imagina.
La grande salle du château de Bangkeli était pompeusement illuminée. Les peintures murales, déteintes et souillées, semblaient revivre aux feux des lustres. Les vieilles armures des chevaliers renvoyaient en faisceaux les sourdes étincelles, et les galeries sarrasines, ajoutées à l'antique construction romane, étalaient coquettement la légèreté de leurs dentelles polychromes.
Sur une table dressée et couverte des mets les plus exquis, les vins de Hongrie, de Grèce et de France mêlaient leurs flacons. C'est, la-bas, le climat de l'Italie, plus beau peut-être et plus généreux. Les alberges dorées montaient en pyramides parmi des collines de cédrats, d'oranges et de raisin, tandis que les pastèques, à la verte enveloppe, saignaient sous le couteau.
On ne saurait dire d'où étaient venus les coussins soyeux et les tapis magnifiques qui ornaient, cette nuit, la seigneuriale demeure, abandonnée et déserte depuis des siècles.
Sur les coussins, auprès de la table, où les plats en désordre et les flacons décoiffés annonçaient là fin du festin, un jeune homme et une jeune femme, beaux tous les deux jusqu'à éblouir le regard, étaient demi-couchés.