Non loin d'eux il y avait un monceau de pièces d'or, à côté d'un coffre vite.

—Monseigneur, dit la jeune femme en livrant son doux front, couronné de boucles blondes, aux baisers de son compagnon, cet or a coûté bien du sang.

Le jeune homme répondit:

—Il faut du sang pour amasser l'or, et l'or qu'on prodigue fait couler le sang. Il y a un lien mystique entre le sang et l'or. Ce troupeau stupide qui peuple le monde, les hommes, nous appelle des vampires. Ils ont horreur de nous et tendent sans défiance, leurs veines à ces autres vampires qu'on nomme les habiles, les heureux, les forts, sans songer que l'opulence d'un seul, ou la puissance d'un seul, ou sa gloire ne peut jamais être faite qu'avec le sang de tous: sang, sueur moelle, pensée, vaillance. Des milliers travaillent, un seul profite…

—Monseigneur, murmura la jeune femme, vous êtes éloquent; monseigneur, vous êtes beau; monseigneur, vous ressemblez à un dieu, mais daignez abaisser un regard vers votre petite servante Addhéma, qui languit d'amour pour vous.

Le superbe Szandor la regarda en effet.

—Tu as droit à une nuit de plaisir, répliqua-t-il; tu l'as achetée. Je suis ici pour gagner ce monceau d'or… Mais quand tu vas être morte, Addhéma, avec cet or j'achèterai un sérail de princesses; j'éblouirai Paris, d'où tu viens, Londres, Vienne ou Naples la divine; je disputerai Rome aux cardinaux, Stamboul au padischah, Mysore aux proconsuls malades de la conquête anglaise. Partout où je suis les autres vampires pâlissent et s'éclipsent…

Il y avait une lueur étrange dans les beaux yeux d'Addhéma.

—Un baiser! Szandor, mon amant! Un baiser! Szandor, mon seigneur!

Le superbe Szandor concéda: il fallait bien que le marché fût accompli.