—Tout sent le diable, se dit Ezéchiel, dans le pays d'où ces gens-là viennent. Ce chien a la voix d'un démon.

Il s'engagea sous une sombre allée de tilleuls taillés en charmille, qui remontait vers la rue Saint-Louls-en-l'Ile.

Les aboiements du molosse devinrent bientôt si violents que le cabaretier s'arrêta épouvanté.

—Holà! bonne femme Paraxin! cria-t-il, retenez votre monstre ou je lui casse la tête d'un coup de pistolet.

Un éclat de rire cassé partit du fourré voisin et le fit tressaillir de la tête aux pieds.

—Le chien est enchaîné, trembleur de Français, fut-il dit par derrière les arbres; n'aie pas peur… Mais, à propos de pistolet, on s'est battu chez toi, là-bas. Y aura-t-il quelque chose pour nos poissons?

Avant qu'Ezéchiel pût répondre, une femme grande comme un homme et portant le costume hongrois entra dans une échappée de lumière que la lune faisait dans l'avenue.

—Bonsoir, Ezéchiel, dit-elle dans le français barbare qu'elle baragouinait avec peine. On ne peut pas te parler latin à toi; vous autres, Parisiens, vous êtes plus ignorants que des esclaves!… As-tu quelque chose à nous dire?

—Je veux voir madame la comtesse, répliqua le cabaretier.

—Madame la comtesse est loin d'ici, repartit Paraxin, qui s'était approchée et dominait Ezéchiel de la tête. Elle a de l'occupation ce soir.