Pourquoi est-ce ainsi? René s'élança sur les traces de l'inconnue. Son coeur battait, sa tête brûlait!

Il n'y avait personne sur le parvis encombré de masures qui séparait alors la façade de Saint-Germain-l'Auxerrois du Louvre non encore restauré.

Chose singulière, et qu'il faut exprimer pourtant, René n'avait pas même vu celle qu'il poursuivait malgré lui.

Il ne connaissait d'elle que la lueur de son regard et les vagues profils dessinés par les reflets descendant de l'autel.

Quand leurs mains s'étaient touchées au bénitier, l'inconnue avait le visage caché derrière son voile.

C'était une toute jeune femme et d'une beauté merveilleuse, voilà ce dont il eût juré; il n'aurait point su détailler l'impression que lui laissait son costume sévère, mais d'une élégance extrême. Elle le portait à miracle, et, tandis qu'elle s'éloignait, René avait admiré la grâce noble de sa démarche.

Aime-t-on pour si peu, et quand le coeur a noué ailleurs une chaîne sérieuse et solide?

René était l'honneur même. Il arrivait-d'un pays où l'honheur passe avant toute chose. Son enfance s'était écoulée dans une famille simple et sévère où la passion politique seule avait accès.

Encore la passion politique sommeillait-elle depuis longemps déjà au manoir de Kervoz, situé entre Vannes et Auray; le père de René s'était battu de son mieux, mais il avait déposé les armes franchement et sans arrière-pensée, depuis que les portes de la paroisse s'étaient rouvertes au culte.

Il y avait deux sortes de chouans en Bretagne: les chouans du roi, les chouans de Dieu.