Au-devant de la porte, de l'autre côté du chemin, un mur de marais tombait en ruine, laissant voir, par ses brèches un champ d'arbustes fruitiers, framboisiers, groseilliers et cassis, que surmontaient quelques cerisiers de maigre venue.
René était bon coureur, néanmoins, malgré ses efforts, il s'était laissé distancer à la fin par le galop des chevaux. Il vit de loin l'équipage tourner, puis faire halte; il ne put distinguer dans la nuit ce qui se passait à la porte de la maison.
Comme il arrivait au détour du chemin, la voiture, revenant sur ses pas, débouchait de nouveau dans le faubourg Saint-Antoine.
Les glaces des deux portières étaient maintenant abattues. René put glisser un regard à l'intérieur, qui lui sembla vide. Le cocher et le valet de pied restaient à leur poste. La voiture reprit le chemin qui l'avait amenée et disparut au loin dans le faubourg.
René hésita. Sa raison, un instant réveillée, se révolta énergiquement contre l'absurdité de sa conduite. Il se demanda encore une fois et avec un vif mouvement de colère contre lui-même:
—Que viens-je faire ici?
Il était d'un pays où la superstition s'obstine. L'idée naquit en lui qu'on lui avait jeté un sort.
Et il se dit, résolu à clore cette triste équipée:
—Je n'irai pas plus loin!
Mais ce sont éternellement les mêmes paroles. Ceux à qui on jette des «sorts» du genre de celui qui tenait déjà le fiancé d'Angèle font toujours le contraire de ce qu'ils disent.