La lune, momentanément dégagée de son voile de nuages frappait en plein la porte de la maison solitaire. René put voir la personne qui ouvrait la porte en dedans.
C'était une vieille femme de taille virile, aux traits durs et tannés. Elle portait ce bizarre et beau costume hongrois que les danseuses nomades ont fait connaître dès longtemps sur nos théâtres.
La figure du nouveau venu restait au contraire invisible. Il se présentait de dos, et le collet de son manteau rejoignait les bords larges de son chapeau.
La vieille lui dit quelque chose à voix basse.
Il se retourna vivement, comme si son regard eût voulu percer les ténèbres dans la direction du champ de framboisiers où René était caché.
Ce fut l'affaire d'un instant. René vit seulement que la figure était jeune et encadrée de longs cheveux qui lui semblèrent blancs. La porte se referma, et la maison redevint silencieuse.
Mais minuit devait être l'heure d'une réunion ou d'un rendez-vous, car, dans l'espace de dix minutes tout au plus, trois autres voitures montèrent le faubourg, amenant trois mystérieux personnages qui frappèrent à la porte comme le premier, furent comme lui interrogés en latin et répondirent dans la même langue.
René avait pu remarquer qu'ils avaient une façon particulière d'espacer les coups en heurtant à la porte. Il y avait six coups, ainsi divisés: trois, deux, un.
Quand le dernier fut entré, les alentours restèrent muets pendant une demi-heure. La ville dormait maintenant et n'envoyait plus ces larges murmures qui, de nos jours, emplissent la campagne de Paris jusqu'à une heure si avancée de la nuit.
La pluie avait cessé; la lune épandait partout sur le paysage plat et triste sa froide lumière.