Ainsi doit être affectée l'ouïe de l'homme d'Europe, ignorant les secrets de la prairie, quand les sauvages peaux-rouges rampent, par la nuit noire, sur le sentier de la guerre.
Le bruit était né derrière la maison, puis il s'était divisé, éparpillé en quelque sorte, tournant autour des bâtiments et se perdant au lointain, pour se rapprocher ensuite, mais dans une direction autre.
Un instant vint où il sembla partir de l'enclos même on végétaient fraternellement les framboisiers, les cassis, les groseilliers et les petits cerisiers de Montmorency.
On ne peut dire que René fît beaucoup d'attention à ces bruits. Il les percevait néanmoins, car il avait passé son enfance en Bretagne, et il était chasseur.
Il y eut un moment où il rêva ces grandes châtaigneraies qui sont entre Vannes et Auray. Il s'y voyait à l'affût et il entendait les braconniers se glisser vers lui sous bois.
Mais sa pensée revenait toujours à elle. Il avait un sort.
Quand le grand nuage aux bords argentés mordit la lune, les clochers de Saint-Bernard, de Sainte-Marguerite, des Quinze-Vingts et de Saint-Antoine envoyèrent la première heure de la nuit.
René en était à se dire: «Allons! il est temps,» lorsque l'obscurité soudaine qui couvrit le paysage l'éveilla vaguement.
Un animal—ou un homme—était évidemment à quelques pas de lui dans le fourré. Le gros gibier est rare dans les marais du faubourg Saint-Antoine. René, cédant à l'obsession qui le tyrannisait et ne voulant point croire au témoignage de ses sens, allait marcher vers la maison, lorsque ces mots, prononcés d'une voix très basse, arrivèrent jusqu'à son oreille.
Je ne le vois plus; où donc est-il?