«Hernan-Maria Gerès da Guarda, duc de Chaves, grand de Portugal de première classe, envoyé de S. M. l'empereur du Brésil.»
Le duc de Chaves parlait lentement et avec une extrême difficulté, mais vis-à-vis d'un magistrat, il avait repris tout naturellement le ton qui convenait à sa dignité.
—Pour des motifs qui me sont personnels, dit-il, je m'intéresse à l'enfant et à la mère. J'aurais pu tout à l'heure réparer le mal rien qu'en étendant la main, car le hasard m'a placé sur le chemin de la misérable créature qui a détourné l'enfant, mais la peine que j'ai à parler votre langage, mon désir de garder l'incognito et encore une circonstance qu'il me plaît de ne point mentionner: tout cela joint à une certaine timidité produite par mon ignorance de vos usages et de vos mœurs (je suis à Paris seulement depuis un mois) m'a empêché de parler et d'agir. J'ai laissé échapper l'occasion et j'en ai un regret mortel, car les larmes de cette malheureuse jeune mère m'ont percé le cœur. Tout ce que je puis faire, c'est de fournir le portrait exact de la femme qui a enlevé l'enfant.
Le commissaire de police prit la plume et écrivit sous sa dictée le signalement minutieux de Saladin déguisé en femme.
—Monsieur le duc, dit-il quand ce travail fut achevé, m'est-il permis d'interroger Votre Excellence?
—Cela vous est permis, répondit le duc de Chaves.
—L'homme qui vous a introduit m'a dit que Votre Excellence avait parlé à la voleuse d'enfants.
—C'est la vérité.
—Il me serait utile de connaître les paroles échangées entre cette femme et Votre Excellence.
Le duc réfléchit quelques instants avant de répondre.