Toute une nuit! En une nuit, un enfant peut être emporté si loin que la police elle-même n'a plus le bras assez long pour le joindre. Et qui sait ce qui peut nous arriver en une nuit? Les médecins vont la nuit au secours des malades; on vend du vin la nuit, on soupe, on danse, on vole, on joue, et les gardiens en uniforme veillent; mais tout ce qui est «administration», commis ou fonctionnaire, ferme boutique la nuit et dort.
Lily parla aux sergents de ville, qui furent bons pour elle, car ils savaient déjà son histoire. On lui rendit compte de l'expédition faite en foire: la place du Trône avait été régulièrement «épluchée», mais sans résultat aucun.
—Et que va-t-on faire, à présent? demanda Lily.
Les sergents de ville ne sont pas institués pour savoir. Ils répondirent par cette fameuse phrase qui est le fond de la langue administrative et qui berce chez nous, du matin jusqu'au soir, dans des milliers de bureaux, des milliers d'intérêts:
—ON VA PRENDRE DES MESURES.
Phrase immense! qui permet à quatre Français sur dix de recevoir des appointements gras ou maigres.
La Gloriette ne connaissait pas bien tout l'étonnant mérite de cette phrase, cependant elle se dit, comme le moissonneur de la fable:
—J'aurai plus tôt fait d'agir par moi-même.
Cela est bien vrai, en principe, mais chercher dans Paris, la nuit, une fillette perdue! Pauvre Lily!
Il y a des entreprises, folles au premier chef, qui, du moins, sont un soulagement par l'occupation qu'elles donnent au corps et à la pensée. Lily se mit à marcher activement, revenant sur ses pas vers la Seine et travaillant mentalement.