Quinze jours s'étaient écoulés, quinze misérables jours de tristesse morne et d'angoisse.
Cette nuit où la Gloriette avait vu Petite-Reine, couchée sous un arbre, aux rayons de la lune dans le bosquet du Jardin des Plantes, Médor l'avait rapportée chez elle évanouie.
Le bon garçon, en effet, avait trouvé au pied de l'arbre un petit tas de feuilles sèches qu'il aurait dû connaître, car c'était le troupeau de mère Noblet qui l'avait amassé. Lily l'attendait de l'autre côté de la grille, Lily ne doutait même pas du témoignage de ses sens égarés, elle était ivre de joie.
Elle tomba comme morte quand Médor, au lieu de revenir avec l'enfant dans ses bras, poussa du pied les feuilles sèches qui bruirent et se dispersèrent sous le rayon de lune menteur.
Elle tomba sans pousser même un cri. Ce dernier espoir perdu lui avait brisé le cœur. Médor vint la rejoindre et, franchissant de nouveau la grille, il la souleva; elle s'éveilla dans son lit, après un long évanouissement.
Médor était assis près d'elle.
Depuis ce moment-là, Médor ne l'avait point quittée. La Gloriette s'était accoutumée à le voir. Il la servait. Sans lui, elle n'aurait pas mangé. Il s'était arrangé un lit de paille dans le bûcher. Il dormait là si légèrement que le moindre soupir de la malade le mettait debout.
J'ai dit la malade, faute d'un autre mot. À proprement parler, Lily n'avait point de maladie, sinon la plus cruelle de toutes: le chagrin, la torture plutôt, qui ne lui donnait point de trêve et qui la minait comme un poison mortel.
Le premier jour, elle avait écrit une lettre de quelques lignes et ce travail l'avait laissée dans un état d'épuisement.
Le second jour, elle mit l'adresse: «À monsieur Justin de Vibray, au château de Monceaux, en Bléré, près Tours.»