Médor avait porté la lettre à la poste.

Le troisième jour, elle vida le chiffonnier mignon qui servait d'armoire à Petite-Reine et en disposa le contenu sur le berceau. Ce fut dès lors une besogne sans fin, comparable à l'agitation que se donnent les enfants pour ranger leur ménage imaginaire.

Tout ce qui appartenait à Petite-Reine, tout ce qu'elle avait touché, les objets de sa toilette, ses jouets, ses pauvres jouets surtout, passés à l'état de relique sacrées, furent étagés sur le berceau qui devint un autel.

Au fond du berceau, entre les rideaux, Lily suspendit ce portrait photographié où elle semblait tenir une ombre dans ses bras.

Et c'était un symbole navrant, ce portrait de jeune mère qui berçait un nuage.

Lily le regardait parfois pendant des heures entières, cherchant parmi cette brume des lignes, des traits, une image.

Et l'image venait à force d'être appelée: Lily revoyait Petite-Reine, hélas! comme elle l'avait vue aux lueurs de la lune sous le bosquet du Jardin des Plantes.

C'était un jeu terrible et charmant qui tuait la pauvre Gloriette, mais qui lui donnait de si doux rêves!

Quand elle avait fini de contempler sa chimère, elle baisait le portrait et croisait sur ses genoux ses deux mains, qui n'avaient plus de forces.

Puis, comme si elle se fût reproché sa paresse, elle se levait, n'ayant plus le poids d'un enfant, mais trop lourde encore pour la faiblesse chancelante de ses jambes; elle s'agitait, elle rangeait, non point sa chambre, mais le berceau, l'autel—toujours!