—Si fait, répondit-il en affermissant sa voix, j'ai découvert quelque chose.

Lily appuya ses deux mains sur son cœur et n'interrogea plus. Elle attendait, retenant son souffle pour ne pas perdre une parole.

—Écoutez-moi, dit le duc de Chaves résolument, je vais plaider ma cause et la vôtre. Nos deux bonheurs n'en feront qu'un, il le faut, sinon ils se changeront en deux malheurs. Je ne sais pas qui vous êtes, ni votre passé; peu m'importe, j'ai de la richesse et de la noblesse pour deux; je ne veux de vous que votre avenir. Quand j'ai commencé ma recherche, je comptais venir à vous avec votre chérie dans mes bras et vous dire: «La voici, je vous la rends, payez-moi en consentant à devenir la duchesse de Chaves...»

—La duchesse de Chaves! balbutia Lily; moi!

Elle n'était pas éblouie, non. Il est des détresses si profondes que l'ambition y meurt, même cette pauvre ambition naturelle à tout être humain, ce rêve où la bergère épouse un roi, et qui ne se réalise que dans les contes de fées.

Je dis vrai: chacun porte en soi cette ambition enfantine; elle est plus ou moins avouée, mais nul ne s'en sépare qu'à l'heure de mourir.

Lily ne l'avait plus cette ambition, parce que Lily était une morte. Si elle vivait, c'était en l'espoir de retrouver sa fille. Elle eut peur. Cet homme en qui reposait désormais le suprême espoir de sa vie devait être un fou.

Duchesse de Chaves!

Monsieur le duc poursuivit:

—Je n'ai pas pu. Au lieu de retrouver l'enfant, je n'ai fait qu'entrevoir sa trace.