—Ça n'est pas le même monde que nous, se disait-il, ça n'a que du bonheur dans la vie et ça fait le malheur des autres: c'est trop joli!
Mais les yeux de Justin s'ouvrirent, et Médor s'étonna d'être ému. Il pensait:
—Elle l'aime, elle doit l'aimer! Il a la même manière de regarder que Petite-Reine.
Justin reprit complètement ses sens au bout de quelques minutes. Il interrogea. Médor fut tout étonné lui-même de la douceur qu'il mettait désormais dans ses réponses.
Cela venait de ce que Justin, en recouvrant le souvenir, lui avait dit:
—Je pense qu'aujourd'hui vous êtes plus fort que moi, l'ami. Vous eussiez bien fait de me casser la tête si j'avais mal parlé d'elle.
Justin lui avait ensuite tendu sa main que Médor avait touchée, non sans un reste de défiance.
Mais, au lieu du plaisir que le bon garçon s'était promis à frapper sur le cœur de l'homme du château, il mit malgré lui tous ses soins à diminuer le coup porté. Parmi les cancans de la voisine, il choisit celui qui laissait le plus d'espoir et l'exprima à sa manière.
—Voilà, dit-il, on ne sait pas. La tête n'a pas toujours été bien solide chez elle depuis l'événement. Il y avait donc une personne que j'ai accusée, moi, d'avoir volé l'enfant, un duc, à ce qu'ils disent. Ce n'est pas mieux bâti qu'un autre homme: cheveux et barbe noirs comme on n'est pas noir, remarquez ça, et peau tannée. Alors le particulier de la voiture où elle a monté répond à ce signalement... Attendez! Je ne suis pas bien mon idée: c'était pour vous dire qu'elle a monté dans la voiture rapport à la recherche de l'enfant, uniquement, et non pas pour trahir l'amitié jurée avec vous, dont elle est incapable.
Justin lui tendit la main une seconde fois. Il s'était assis sur le pied du lit.