«Mais d'où lui venait la pensée de sa mère? et pourquoi ce jour-là plutôt que la veille?
«Madame Canada lui dit l'exacte vérité; elle lui raconta en peu de mots l'histoire de son arrivée à la baraque, toute petite qu'elle était, dans les bras de Saladin adolescent.
«Pendant qu'Amandine parlait, Saphir faisait un effort violent pour se souvenir; on eût dit qu'elle était sur la trace d'une impression qui la fuyait sans cesse.
«Puis elle trembla, et pour la dernière fois nous l'entendîmes murmurer ces mots presque inintelligibles: «Maman, maman, maman....»
«Elle nous quitta, après avoir embrassé non seulement nos fronts, mais encore nos mains.
«Quand elle fut partie, Amandine, qui est le bon cœur des bons cœurs, me dit en essuyant ses yeux où les larmes revenaient malgré elle:
«—Si pourtant la mère vivait!
«Et depuis ce soir-là, nous avons parlé de la mère, nous deux, jusqu'à en radoter, la faisant ceci et cela, pauvre ou riche, jeune ou vieille et nous demandant si elle serait contente ou fâchée au jour où on lui dirait: «Voilà votre enfant».
«Avant de finir mes mémoires, je vais marquer une circonstance qui prouvera d'une part les sentiments inspirés par mademoiselle Saphir à un public idolâtre et, de l'autre, jusqu'à quel point d'honnêteté morale et incorruptible moi et madame Canada nous étions parvenus dans la fréquentation de notre bon ange.
«Au Mans, capitale du département de la Sarthe, nous donnâmes un nombre de représentations très suivies, remplaçant l'avalage et autres exercices démodés par une gymnastique plus en faveur, telle que trapèze et marche au plafond, le tout compliqué par deux vaudevilles dont nous avions la troupe assortie, capable de les jouer très convenablement.