—Tu sais bien que je ne te dis jamais rien.
Il but son verre à petites gorgées, et le reposa sur la table avec un geste de profond dédain.
—Ça ne vaut pas le Johannisberg que nous buvions chez le margrave, mon illustre père, dit-il en riant. J'ai proposé à Saphir une bonne place.
—Celle-là n'a pas besoin de toi, riposta Similor; elle gagnera toujours ce qu'elle voudra.
Saladin essuya un coin de table avec le journal financier et s'accouda.
—Papa, dit-il, si tu avais un peu plus d'intelligence, tu me serais très utile, car tu as bonne volonté; c'est l'éducation qui te manque, et le sérieux: je ne ferai jamais rien de toi. Mais il y des moments, pas vrai, reprit-il avec plus d'animation, où l'on a besoin de s'épancher avec n'importe qui ou n'importe quoi...
—On parlerait à son chien! interrompit Similor amèrement. J'ai vu dans les pièces de théâtre bien des enfants dénaturés, mais jamais un de ta force, petiot.
L'œil d'oiseau de Saladin était fixé sur lui avec une complète sérénité.
—Tais-toi, fit-il encore, on a un cœur. Quand j'aurai les millions, tu seras mon concierge pour le restant de tes jours.
Similor emplit son verre jusqu'au bord.