—Va! au galop.

Similor descendit les étages quatre à quatre, et Saladin se mit à parcourir la mansarde à grands pas. Il s'arrêtait chaque fois qu'il passait devant une petite glace, pendue entre les deux fenêtres, et s'y regardait en prenant des poses d'orateur.

—Les Canada sont à l'Esplanade pour les fêtes du 15 août, dit-il dès qu'il fut assis sur la banquette d'un coupé de place à côté de son «papa»: je suis allé de ce côté deux fois voir si ma tête est bien faite et si ma nouvelle tenue me change suffisamment.

—Avec un rien de moustache..., commença Similor.

—À quoi bon? interrompit monsieur le marquis. J'ai passé trois fois devant Cologne, j'ai allumé mon cigare à la pipe de Poquet, et ils ne m'ont pas reconnu.

—Et mademoiselle Saphir?

—J'ai trouvé mademoiselle Saphir comme elle sortait de la messe basse à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou; je lui ai offert mon bras, elle m'a dit: «Passez votre chemin.» Je me suis nommé. Elle m'a regardé par deux fois, puis elle a murmuré: «Vous êtes bien changé depuis le temps!» Je crois qu'elle avait quelque chose pour moi malgré tout, et que nous sommes tous les deux de même, ne sachant pas si nous avons envie de nous embrasser ou de nous mordre. Je lui ai défilé mon chapelet: des choses claires comme le jour et qui auraient séduit une momie. Elle m'a laissé aller jusqu'au bout, et puis elle m'a quitté le bras en me disant encore: «Passez votre chemin...»

Il soupira et ajouta:

—Ça vient de ce que je n'ai pas pu lui lâcher le secret tout entier.

Il était environ huit heures du soir. La voiture descendait vers les boulevards. Saladin posa sa main sur le bras de Similor et lui dit: