Elle n'avait jamais reçu de lettres de Justin, parce qu'ils étaient toujours ensemble. Une fois on lui remit une lettre dont l'écriture lui serra le cœur. Elle était de Justin. Pourquoi Justin écrivait-il?
Justin disait dans sa lettre:
«Ma mère est venue me chercher. À bientôt. Je ne pourrais pas vivre sans toi.»
Elle eut peine à comprendre d'abord. Quand elle comprit, elle se coucha, malade, auprès du berceau.
Justin écrivit souvent, d'abord, promettant de revenir bien vite, puis il écrivit moins fréquemment, puis il n'écrivit plus du tout.
L'enfant avait deux ans quand Lily se retira dans une pauvre chambre du quartier Mazas. Il y avait quinze mois qu'elle n'avait entendu parler de Justin. Depuis un an elle vivait de son travail, vendant çà et là un bijou ou un objet de toilette.
Justine, sa fille, ou Petite-Reine, comme disaient les voisins, était toujours habillée comme l'enfant d'un prince.
Nous retrouvons Lily au printemps de 1852. L'indigence était venue. Le costume de Lily en portait les marques, mais la pauvreté ne touchait pas encore à Petite-Reine.
C'était à cause de Petite-Reine que les voisins de Lily, pris de ce souriant et gai respect qui est le bon côté du caractère parisien, l'appelaient la Gloriette.
Il y avait dans ce surnom une pointe de moquerie et beaucoup de miséricorde pour l'excès de son amour maternel.