La première fois qu'on annonça à l'audience impériale don Hernan-Maria da Guarda, duc de Chaves, un grand sentiment de curiosité fut excité parmi les courtisans, et, dans ce sentiment, il y avait déjà de la jalousie.

Hernan-Maria était un superbe cavalier, mais sa complexion brune et la couleur basanée de sa peau trahissaient son origine mulâtre, au dire des courtisans portugais et brésiliens de sang pur, qui sont, par le fait, trois fois plus basanés que les quarterons.

Dès cette première audience, il demanda d'un ton froid et fier à Sa Majesté l'honneur d'être employé à son service.

On monte vite là-bas, quand on a derrière soi un nom et des millions. À vingt-quatre ans, Hernan-Maria, duc de Chaves, était un haut personnage, et il put doubler d'un seul coup sa fortune en épousant une des plus belles, une des plus riches héritières de l'empire.

Il fut amoureux pendant six mois et passa ses jours aux pieds de sa duchesse. C'était ainsi quand il aimait. Il adorait en esclave.

Au bout de six mois, il enleva une chanteuse italienne du Grand-Théâtre et lui meubla un palais.

Ce fut alors une existence d'orgies à tous crins. Ses folies de joueur scandalisèrent une ville où toutes les classes de la population poussent l'amour du jeu jusqu'à la démence.

Un soir, dans une académie de monte, il tua un colonel mexicain dans un duel au couteau, et fut blessé de deux balles par un citoyen des États-Unis dans un duel au revolver.

Il y avait bal à la cour, il rentra chez lui s'habiller et dansa un quadrille avec le bras en écharpe. Cela le mit à la mode; une belle dame, dont les conseils avaient de l'influence sur le chef de l'État, demanda pour lui une mission diplomatique et l'obtint.

Ce fut ainsi qu'il vint à Paris, chargé de régler officieusement des indemnités fort importantes.