Madame la duchesse de Chaves

À la porte d'Orléans, entre les deux grandes avenues, s'ouvre une route de chasse qui coupe le bois en diagonale dans toute sa largeur, passant à travers ces fourrés solitaires que la foule des promeneurs du lac ne connaît même pas.

Car il y a des gens qui vont trois cent soixante-cinq fois par an au bois de Boulogne et qui font trois cent soixante-cinq fois le même tour.

Ainsi est bâti le peuple le plus spirituel de l'univers.

Hector et sa compagne marchaient au pas à l'ombre des grands arbres. Ils parlaient précisément de cette première duchesse de Chaves que nous avons nommée à la fin du précédent chapitre. La voix de Lily avait baissé son diapason malgré elle, son accent était lent et triste.

—Je vivais fort isolée sur ce paquebot, dit-elle, votre oncle avait acheté tous ceux qui auraient pu me renseigner. Je voyais souvent sur le pont cette jeune femme admirablement belle, mais triste, dont la pâleur était encadrée dans ses longs cheveux noirs. Pas une seule fois, monsieur le duc ne lui parla devant moi, et ce fut des années après seulement que je connus son nom.

«Elle s'appelait comme je me nomme maintenant, madame la duchesse de Chaves.

—Avez-vous donc entendu parler...? commença Hector.

Lily l'interrompit d'un geste grave.

—Un an après notre arrivée au Brésil, prononça-t-elle à voix basse, monsieur le duc de Chaves me donna son nom dans la chapelle de Sainte-Marie-de-Gloire à Rio. J'ai appris depuis qu'à ce moment sa première femme était morte depuis sept mois. Ne m'interrogez pas. Je ne sais rien de plus que ce que je vais vous dire, et c'est peu de chose.