Lily éclata de rire franchement, les accès de gaieté étaient rares chez elle.
Mais depuis quelques jours son caractère avait bien changé.
—Mon cousin, s'écria-t-elle, ceci est une demi-déclaration, qui est très adroite ou très impertinente.
—Puis-je être adroit avec vous, ma cousine, murmura Hector d'un ton de sincère émotion, puis-je être impertinent surtout? Vous savez bien que je vous aime, et vous savez bien de quelle façon je vous aime. Il est certain que vous êtes trop belle pour inspirer seulement l'affection qu'on porterait à une sœur, mais il est certain aussi que mon cœur est pris d'autant plus fortement que cet amour a résisté au ridicule qui, dit-on, tue toute chose, au ridicule évident, manifeste. Il ne faut pas plaisanter avec mon amour, qui me rend malheureux déjà et qui, peut-être, brisera ma vie.
La duchesse lui tendit la main sans arrêter sa monture.
—Avez-vous vos vingt ans accomplis, Hector? demanda-t-elle.
—J'aurai vingt et un ans dans onze mois, répondit Hector, je suis bientôt majeur.
—Et que comptez-vous faire, quand vous serez majeur? Hector ne répondit pas tout de suite.
—Eh bien! insista madame de Chaves.
—Eh bien! s'écria Hector avec un accent de passion qui fit tressaillir sa belle compagne, si elle m'aime, je l'épouserai, si elle ne m'aime pas, je mourrai!