Hector la remerciait en son cœur et il allait toujours, ravi d'épancher son bien-aimé secret.

Son histoire n'avait pas beaucoup d'incidents dramatiques. Depuis qu'il était à Paris, Hector avait assez vécu pour apprécier l'énorme complaisance de cette femme du monde, faisant à de pareilles bagatelles l'aumône de son attention.

—Je vous ennuie, ma bonne, ma chère cousine, disait-il, il n'y a rien là-dedans, je le sens bien, sinon que j'aime comme un malheureux et comme un fou. Pour comprendre comment j'aime de la sorte, une femme si fort au-dessous de moi, selon les apparences, il faudrait que vous la vissiez.

—Je la verrai, dit madame de Chaves comme malgré elle.

—Non, oh! non! s'écria Hector d'un accent suppliant, vous ne pourriez la voir que dans son triomphe, c'est-à-dire dans sa misère. Je ne veux pas que vous la voyiez ainsi!

—Mais enfin, murmura Lily qui rêvait, elle est donc bien belle, bien belle!

La poitrine d'Hector se gonfla, et les yeux de sa compagne se baissèrent sous le regard de feu qu'il lui lança.

—Elle est belle comme vous, dit-il en contenant sa voix, et je n'ai jamais trouvé personne à lui comparer que vous. Vous n'avez pas les mêmes traits, vous ne vous ressemblez pas, et pourtant, chaque fois que je vous vois, je pense à elle. J'établis entre elle et vous je ne sais quel lien mystérieux... comment vous dire cela? mon amour pour elle a comme un reflet dans ma tendresse pour vous... Vous pleurez! pourquoi pleurez-vous, madame?

La duchesse essuya ses yeux vivement, et dit en essayant cette fois de railler:

—C'est vrai, je pleure... et je ne sais pas lequel de nous deux est le plus fou, Hector, mon pauvre neveu!