Le visage de l'autre avait une blancheur d'ivoire; ses cheveux et sa barbe, noirs aussi mais luisants comme de la soie, étaient arrangés avec une prétentieuse coquetterie et avaient le reflet des choses teintes.

Le premier semblait désireux de se cacher; l'autre portait haut sa figure souriante, contente, éclairée par un regard brillant et froid.

C'était le second qui menait le premier; il perça la foule à grands coups de coudes, répondant aux murmures par des gracieux saluts et d'abondantes excuses débitées avec l'accent italien. En manœuvrant ainsi, il parvint à guider son compagnon moins actif jusqu'au pied de l'estrade.

En cet endroit, il lui dit, avec un obséquieux sourire qui montra une rangée de dents plus blanches que celles d'un hippopotame:

—Monsieur le duc, nous voici arrivés à bon port. Il n'y a point de grands plaisirs sans quelques petites peines. Votre Excellence va juger par elle-même, et je parierais ma tête à couper qu'elle sera contente de ma trouvaille.

Monsieur le duc ne répondit que par un geste d'humeur bourrue.

Madame de Chaves et son cavalier n'étaient pas à plus de dix pas de ce couple. Hector qui marchait en avant fit un mouvement de recul, et, comme la duchesse s'en étonnait, il étendit silencieusement le doigt vers l'escalier que monsieur le duc commençait à gravir sur les traces de son compagnon.

Le regard de la duchesse ayant suivi ce geste elle ne put retenir un léger cri.

Les deux hommes se retournèrent.

Madame de Chaves s'était baissée prestement et croyait avoir évité le regard que l'on dardait vers elle; mais, quand l'homme au teint basané, qu'on appelait monsieur le duc, se reprit à monter l'échelle, il avait aux lèvres un sourire singulier. Le sourire que Saladin avait vu quelques heures auparavant derrière les persiennes demi-fermées de l'entresol faisant face au portail de Chaves.