Madame de Chaves cherchait à entraîner Hector qui ne résistait plus, opposant seulement à l'impatience de sa compagne la force d'inertie. Une véritable cohue les séparait encore de l'estrade.
Le reste de la place était à peu près désert; l'établissement Canada monopolisait littéralement le succès.
À une cinquantaine de pas de là, dans un autre rang de baraques plus pauvres, une baraque, la plus misérable de toutes, s'élevait formée de quelques planches mal jointes qui chancelaient.
Cette baraque n'avait point de tableau; elle portait seulement une enseigne écrite au cirage et qui disait: «Grands exercices de Claude Morin, dernier avaleur de sabres.»
Un pauvre diable mal vêtu et dont la figure amaigrie disparaissait presque sous la masse énorme de ses cheveux crépus était assis par terre devant cette cabane la tête entre ses deux genoux.
Il jetait un regard mélancolique sur le victorieux établissement des Canada qui lui faisait face.
Personne, dans Paris, ne connaissait ce pauvre diable, et le lecteur lui-même ne se souvient sans doute plus que Claude Morin était le véritable nom de Médor.
Madame de Chaves et Hector lui tournaient le dos, placés qu'ils étaient entre son bouge et l'estrade Canada.
En ce moment, une voiture fermée s'arrêta devant le saut de loup des Invalides. Deux hommes en descendirent et se dirigèrent au plus épais de la foule. Ils étaient tous les deux d'un certain âge, leurs tournures et leurs costumes tranchaient parmi ce rassemblement de petits bourgeois.
L'un d'eux, fortement basané, rabattait un chapeau à larges bords sur chevelure d'un noir mat où tranchaient quelques mèches grisonnantes.