Et si je voulais aller au fond des choses, je dirais que, quand le roman entre une fois dans la vie, plus il est absurde plus il devient entraînant.
D'ailleurs, il y avait quelque chose dans cette lettre. On avait découvert le nom de madame de Chaves et son adresse qu'elle avait cru tenir cachés; on avait retrouvé le bracelet; on avait fait bien plus: on avait deviné, et c'était magie, la secrète préoccupation de son cœur.
Car cet objet, plus cher et plus cruellement regretté, auquel on faisait allusion, que pouvait-il être, sinon sa fille elle-même?
Elle se mit au lit en songeant à la lettre.
Elle voulut s'endormir; la lettre la poursuivit comme une tyrannie.
Et, chose singulière, parmi les énigmes que la lettre proposait, les plus obsédantes pour sa pensée n'étaient pas celles dont l'exposé du moins se comprenait.
Son adresse devinée, le bracelet retrouvé, l'allusion faite au sort de sa fille, tout cela s'évanouit peu à peu pour céder la place à ce problème, idiot dans ses termes: monsieur le marquis de Rosenthal se présentant à l'hôtel, sous le nom de Renaud, ancien employé de la police.
De bonne heure, Lily se leva. Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Avant huit heures, elle était assise dans son boudoir, impatiente déjà et trouvant que monsieur le marquis de Rosenthal tardait. Elle avait donné l'ordre exprès d'introduire auprès d'elle monsieur Renaud sitôt qu'il se présenterait.
Demi-cachée derrière ses rideaux, elle interrogeait la cour et guettait la porte cochère.
Enfin, quelques minutes avant neuf heures, la porte s'ouvrit et un jeune homme, vêtu de noir, se dirigea vers la conciergerie. Le concierge, après l'avoir écouté, le conduisit lui-même jusqu'au perron.