Lily put l'examiner à son aise tandis qu'il traversait la cour d'un pas lent et solennel.
C'était un étudiant allemand, non pas précisément tel qu'on les voit à Leipzig ou à Tübingen, mais tel que les théâtres nous les montrent quand ils font de la couleur locale: bottes molles, pantalon noir collant, veste et jaquette noires surmontées par un vaste col blanc rabattu. Seule, la casquette traditionnelle était remplacée par un chapeau tyrolien à larges bords, d'où s'échappaient les mèches abondantes et lustrées d'une chevelure noire.
Lily avait vaguement l'espoir de trouver en ce nouvel arrivant une figure connue, mais elle dut s'avouer qu'elle ne l'avait jamais vu.
L'instant d'après, un domestique annonça monsieur Renaud, et Saladin fit son entrée dans le boudoir de madame la duchesse.
Celle-ci se leva pour le recevoir. Il salua, mais non point très bas, et dit en fixant sur elle ses yeux ronds qui la troublèrent:
—Voilà bien des années que je m'occupe de vous.
Il avait en parlant un léger accent tudesque.
Madame de Chaves ne trouva pas de réponse, elle le regardait avec une sorte de frayeur: Saladin eut un sourire de froide bonté.
—Je ne vous veux que du bien, prononça-t-il du bout des lèvres.
La duchesse lui montra de la main un siège et dit tout bas: