Saladin, comédien de petite venue, mais très soigneux et très habile, profitait tout uniment d'un courant. Il exploitait la mode du détective.
Après avoir examiné madame la duchesse le temps voulu pour produire son effet, il prit le siège qu'on lui indiquait et tira de sa poche un assez vaste portefeuille en même temps qu'un objet enveloppé dans du papier qu'il remit entre les mains de madame de Chaves.
—Voici d'abord le bracelet de Petite-Reine, dit-il.
La duchesse à ce nom devint pâle comme une morte. Le tonnerre, éclatant dans la chambre, n'eût pas produit sur elle un pareil effet. Elle chancela sur son siège et murmura:
—Quoi, monsieur! vous savez?...
—Je suis Renaud, répondit Saladin d'une voix basse et brève.
Il se mit en même temps à feuilleter rapidement son carnet.
—Rue Lacuée, n° 5, dit-il en prenant un premier carré de papier: Madame Lily, dite la Gloriette, dix-huit à vingt ans, très jolie, conduite bonne, enfant dont on ne connaît pas le père; nom de l'enfant: Justine, mais plus souvent appelée Petite-Reine dans le quartier... Contestez-vous?
La duchesse le regardait bouche béante.
—Vous ne contestez pas, reprit Saladin, c'est exact. Il choisit un autre carré de papier.