—Fin avril 1852, reprit-il, mère et fille entrées dans une baraque de la foire, place du Trône. Voiture prise à cause de la pluie...
Madame de Chaves l'interrompit par un cri de stupéfaction.
—Quoi! même ces détails! balbutia-t-elle. Saladin lui imposa silence d'un signe de tête.
—Je suis Renaud, répéta-t-il pour la seconde fois.
Et il ajouta de sa voix glacée qui n'avait point d'inflexions:
—Voiture procurée par un jeune garçon, avaleur de sabres de son état. Quatorze ans. Nom: Saladin.
Il changea de carré de papier.
—Journée du lendemain très chargée. Faits principaux: départ de la jeune mère pour Versailles; Petite-Reine confiée à une femme nommée la Noblet et portant aussi le sobriquet de la Bergère, dont le métier était de promener les enfants pauvres au Jardin des Plantes. Le nommé Médor, aide de la femme Noblet, laisse approcher des enfants une sorte de mendiante qui cache sa figure sous un vieux bonnet à voile bleu. Homme déguisé: ce même jeune garçon qui avait procuré la voiture la veille au soir...
—Etes-vous sûr de cela? s'écria Lily qui haletait.
—Je suis sûr de tout ce que je dis, répondit sèchement Saladin. J'ai interrogé moi-même le jeune garçon qui est maintenant un homme.