—Vous pouvez, interrompit Saladin, puisque c'est votre propre histoire, et il est impossible qu'aucune force humaine enchaîne votre langue, quand je vous dis: je veux que vous parliez!
Il s'exprimait avec emphase, mais sans élever la voix. La duchesse dit après un silence:
—C'est mon histoire, en effet, mais c'est aussi l'histoire d'un autre. Ai-je le droit de révéler un secret qui ne m'appartient pas?
Saladin croisa ses bras sur sa poitrine.
—C'est le secret de l'autre que je veux connaître, dit-il, c'est l'autre qui est le maître ici; c'est de l'autre que dépend le sort de votre fille, et vous êtes trop mère pour ne pas comprendre que le sort de votre fille seul m'intéresse.
—Elle sera heureuse..., s'écria madame de Chaves. Elle allait poursuivre, Saladin ne la laissa pas achever.
—Auriez-vous défiance? demanda-t-il avec une dignité sobre qui prouvait son vrai talent de comédien.
—J'ai peur, murmura la duchesse.
—De moi?
—Non, de lui.