—Je vous prie, dit-il, de compléter brièvement et clairement ce qui concerne monsieur le duc de Chaves. Quand vous connaîtrez mieux la position où je suis vis-à-vis de vous, vous comprendrez que ma conduite dans toute cette affaire doit être dirigée par les renseignements les plus positifs.

Saladin rapprocha son siège, mouilla le bout d'une mine de plomb et fixa un carré de papier sur la couverture de son carnet, en homme qui va prendre des notes.

Le premier instinct de la duchesse fut d'obéir tout de suite et aveuglément.

Aucun doute n'était en elle; on peut dire qu'elle était émerveillée et subjuguée. Si elle hésita, ce fut pour se recueillir en interrogeant sa mémoire.

—Y sommes-nous? demanda Saladin d'un ton impatient. Le temps est non seulement de l'argent, mais encore de la vie. J'attends.

Les yeux de la duchesse évitèrent les siens, parce que la pensée de monsieur de Chaves venait de traverser son esprit.

—Comment ignorez-vous une partie de la vérité, murmura-t-elle, vous qui avez appris des choses si difficiles à connaître?

Saladin eut un sourire.

—Nous voilà qui raisonnons, dit-il. Je veux bien raisonner, pourvu que cela ne dure pas plus de trois minutes. Je sais les choses que j'ai cherché à savoir, et ces choses-là n'étaient pas des plus faciles à deviner. Quant au reste, j'ai épargné ma peine, parce que j'avais la certitude de tout apprendre par vous.

—Si je ne pouvais..., commença la duchesse.