Saladin consulta ses notes pour la forme. Il était singulièrement découragé. Il lui semblait que la duchesse elle-même confessait son impuissance: c'était évidemment une reine déchue.
Au premier moment elle n'avait pas dit: «Amenez-moi ma fille.» Elle avait demandé: «Où est-elle?»
—Vous n'êtes pas la maîtresse ici, murmura Saladin, exprimant d'un mot le résultat de toutes ses réflexions.
La duchesse releva sur lui son regard où il y avait un orgueil triste. Elle était si belle en ce moment qu'il resta comme ébloui.
Il lui parut qu'il ne l'avait jamais vue, et un vague espoir se ranima en lui.
—Monsieur le duc de Chaves a beaucoup souffert, murmura-t-elle après un silence.
Les yeux de Saladin s'aiguisèrent comme s'il eût voulu percer, jusqu'au fond, le mystère de son âme.
Mais la duchesse baissa de nouveau ses longs cils et ne parla plus. Saladin changea de ton encore une fois.
—Madame, dit-il délibérément, je suis venu ici pour vous rendre votre fille. J'ai trouvé d'abord en vous une grande joie, la joie naturelle à une mère; maintenant vous voilà inerte et comme anéantie.
Il semble qu'un obstacle étranger à moi se soit mis entre votre fille et vous. Je ne vous comprends plus, madame, et cependant il faut que je vous comprenne.