Lily voulait croire aux paroles du marquis de Rosenthal; elle avait besoin d'y croire et Lily se disait:
—Si Médor m'apportait la preuve que tout cela est mensonge?
Pourquoi était-il venu? Pourquoi, depuis qu'il était venu, Lily repoussait-elle avec terreur cette idée qu'elle faisait peut-être un rêve?
À cette question de savoir pourquoi il était venu, ce pauvre bon Médor n'aurait peut-être pas su répondre lui-même d'une façon bien catégorique.
Certes, il ne venait pas chercher une aumône. Était-ce uniquement le désir de voir la Gloriette qui avait guidé ses pas?
Il l'aimait bien assez pour cela. Les quelques jours qu'il avait passés à garder la folie de la jeune mère, couché comme un chien dans le bûcher, formaient la grande page de ses souvenirs. À proprement parler il n'avait vécu ni avant, ni après: ces quelques jours étaient toute sa vie.
Et pourtant il n'était pas venu seulement pour revoir la Gloriette.
Il avait bien cherché depuis quatorze ans. Chercher était devenu chez lui une sorte de manie, car, à mesure que le temps passait, l'impossibilité de trouver se faisait plus évidente.
En gagnant maigrement son pain au métier abandonné d'avaleur de sabres, Médor se figurait qu'il gardait une chance de se trouver tout à coup, en foire, face à face avec Petite-Reine.
Et plus d'une fois, dans le cours de ses pérégrinations, il avait rencontré des fillettes, puis des jeunes filles qui avaient l'âge de Petite-Reine, et auxquelles son imagination prêtait une ressemblance avec l'objet de ses constantes pensées.