Saladin était toujours songeur, mademoiselle Freluche avait sommeil.
Madame Canada et son Échalot, personnes rangées, se retirèrent dans leurs appartements. Ils couchaient dans la grande voiture, ainsi que Similor et Saladin. Leur chambre, large et longue comme deux cercueils, à peu près, pouvait se clore. Ils s'enfermèrent.
Ils vous avaient là-dedans des airs heureux. C'étaient de bonnes gens, et ils s'aimaient.
—Amandine, dit Échalot, nous avons à compter et à causer; si nous nous lâchions le café noir, en qualité d'extra, et sans en prendre l'habitude?
—Gros gourmand! répondit madame Canada, qui avait déjà l'eau à la bouche. Va pour le café noir.
C'est ici un art éminemment parisien que de préparer le café. On a pour cela des ustensiles ingénieux et charmants, des bijoux qui laissent voir l'eau en ébullition au moment où elle saisit les parfums de la poudre favorite. J'ai vu des mains savantes et des mains charmantes toucher à la cafetière.
Je vais vous dire comment madame Canada faisait son café.
Pendant qu'Échalot comptait des sous et des pièces blanches dans un boursicot de cuir et traçait des chiffres sur un papier gras, Amandine ouvrit sa malle et y prit une feuille de chou contenant un bon tas de ce mortier compact qu'on appelle du marc, et que les garçons de café revendent aux viveurs peu favorisés par la fortune.
Ce marc, soit dit en passant, a déjà servi deux fois. Aussi madame Canada en prit-elle à pleines mains comme si elle eût voulu gâcher du plâtre.
Elle le mit dans un poêlon avec un oignon brûlé, une pincée de poivre, et une gousse d'ail. Sous le poêlon, elle alluma du feu dans un réchaud qui boitait. Puis, ayant versé deux verres d'eau sur ce ragoût, elle se mit à remuer le tout avec une cuiller de bois, qui avait écume la soupe.