[VIII]

Le Club des Bonnets de soie noir

Dans une de ces rues, froides et tranquilles comme des rues de province, qui avoisinaient l'Observatoire et qui viennent d'être démolies pour le tracé du boulevard Port-Royal, il y avait encore en 1866 un petit café à la devanture décente où se réunissaient le soir quelques bons bourgeois et rentiers de ce quartier savant.

Il s'appelait le café Massenet, du nom de son propriétaire, ancien balayeur au bureau des longitudes et qui posait auprès de ses clients pour un mathématicien démissionnaire.

Monsieur Massenet en avait bien l'air. C'était un homme court, grave, essoufflé, qui fumait sa pipe du matin au soir, en escarpins et en cravate blanche.

Sa femme, qui tenait le comptoir, était âgée, maigre et très longue; elle avait le sourire agréable quoiqu'il lui manquât bon nombre de dents. Celles qui restaient ne valaient pas les défuntes.

Le café Massenet se composait d'un billard, le seul dans Paris où l'on pût voir encore des blouses à filets, d'une assez grande salle, dévolue aux habitués et consommateurs, et d'un salon de médiocre étendue entouré de divans à couverture de cuir éraillé, où «Ces Messieurs» seuls avaient le droit d'entrer.

Le salon de Ces Messieurs était séparé de la salle commune par un couloir assez long, fermé aux deux bouts.

Par surcroît de précaution, la seconde porte qui donnait sur le salon de Ces Messieurs était double: la vraie porte se trouvant défendue par un second battant rembourré.