—Parce qu'il ne faut rien négliger, répliqua l'ancien clerc de notaire. Similor est venu chez moi aujourd'hui et m'a rappelé ses états de services. J'ai cru d'abord qu'il voulait un secours, mais non, son désir était seulement de nous mettre en rapport avec un fils qu'il a et qu'il déclare être un brillant sujet. Je lui ai dit qu'il pouvait envoyer son fils, mais, dans l'intervalle, j'ai pris des renseignements, et je ne fais pas un fond énorme sur l'affaire. Au bureau de notre ancienne agence, où tous nos hommes sont classés et numérotés, on ne connaît pas d'autres fils au nommé Similor que le nommé Saladin, ancien artiste en foire et avaleur de sabres.
—Jolie recrue! fut-il dit à la ronde.
Le garçon du café Massenet apporta le punch au kirsch commandé. Quand il eut déposé le plateau sur une table, il tira de sa poche une large carte en porcelaine qu'il mit entre les mains de Comayrol.
—Marquis de Rosenthal! lut l'ancien clerc de notaire. Connais pas... Ce monsieur est là?
—Oui, répondit le garçon, il vient de la part de son père.
Les membres du Club des Bonnets de soie noire échangèrent entre eux des regards indécis.
—C'est peut-être le fils de ce Similor, murmura Jaffret.
—Faites entrer, dit Comayrol, nous verrons bien.
L'instant d'après un jeune homme habillé à la dernière mode, lorgnon dans l'œil, cheveux séparés derrière la tête, col brisé comme une carte de visite qu'on laisse chez les concierges, petite jaquette boudin, pantalon demi-collant, chapeau bas, gants rouges et stick à bec de corbin, entra dans le cénacle à petits pas, et vint jusqu'au centre de la chambre où il s'arrêta pour lorgner curieusement les assistants.
Le garçon s'était retiré. Le bon Jaffret prit la peine d'aller voir lui-même si les portes étaient bien fermées.