—Messieurs, dit le nouvel arrivant, je suis bien votre serviteur. J'ai beaucoup entendu parler de vous. Comme j'ai besoin de quelques collaborateurs pour une petite opération présentant d'assez beaux bénéfices, j'ai songé à m'adresser à vous. Mon domestique se trouvait être de votre connaissance; il m'a indiqué un certain monsieur Comayrol. Lequel d'entre vous, s'il vous plaît, est monsieur Comayrol?
—C'est moi, répliqua l'ancien domestique, monsieur le marquis, vous faites erreur, je n'ai vu que monsieur votre père.
Saladin lui tendit le doigt avec une si parfaite insolence que les membres du club eurent un sourire d'involontaire approbation.
—Mon père, dit-il du bout des lèvres, mon domestique, c'est tout un, cher monsieur Comayrol. Le maraud, dont vous me faites l'honneur de me parler, cumule ces deux fonctions auprès de ma personne.
[IX]
La chanson de l'avaleur
Monsieur le marquis de Rosenthal ayant prononcé ces paroles remarquables prit un siège et vint se placer en face du divan où étaient Comayrol et le bon Jaffret.
—Messieurs, poursuivit-il d'un ton décent et plein de modestie, vous êtes une association illustre et moi je ne suis qu'un simple paltoquet, c'est pourquoi il était bien naturel que je fisse toilette pour avoir l'honneur de me présenter devant vous: toilette de corps, toilette d'esprit, toilette de situation. Je ne m'habille pas comme cela tous les jours; je suis préparé comme un candidat qui va passer son examen, et j'ai choisi pour la circonstance le plus joli de tous mes noms. Vous aurez, je l'espère, quelque indulgence en faveur d'un néophyte qui vous veut le plus grand bien, mais qui ne peut pas pousser la courtoisie jusqu'à vous dire hypocritement que, selon lui, sa jeunesse ne vaut pas votre décrépitude.
—Vayadioux! s'écria Comayrol, nous ne détestons pas la plaisanterie, monsieur Saladin, mais nous avons autre chose à faire ici que de vous voir avaler des sabres!