Le Prince et le Dr Samuel s'étaient rapprochés; le vicomte Gioja se tenait à l'écart d'un air superbe.
—Je suis flatté, dit Saladin en mordillant le bec de son stick, que vous ayez pris la peine de rassembler quelques informations sur ma personne. J'en vaux la peine, soit dit sans fausse modestie, et j'espère vous le prouver bientôt abondamment. Vous végétez depuis bien des années déjà, mes chers messieurs, vous n'avez pas de chef. Je pense vous en avoir trouvé un.
—Il a du talent comme orateur, dit le fils de Louis XVII à demi-voix.
—Où veut en venir ce garçon? demanda Gioja de l'autre bout de la chambre.
—Je crois, dit Saladin, en se retournant vers lui poliment, que j'ai l'avantage de parler au valet de cœur de monsieur le duc de Chaves?
—Tiens! tiens! murmura Comayrol qui dressa l'oreille.
—Mon petit monsieur!... commença Gioja avec hauteur.
—Chut! fit Saladin doucement; nous reviendrons tout à l'heure au rôle honorable que vous jouez auprès de monsieur le duc et qui pourrait éventuellement gêner les affaires de l'association. C'est vous qui avez le Scapulaire?
Gioja ne répondit pas. Les autres membres du club se regardaient d'un air véritablement étonné.
—J'ai fréquenté les bureaux de la préfecture, dit le marquis de Rosenthal entre parenthèses, en amateur et pour perfectionner mon éducation; je suis un peu docteur en toutes facultés et sais parfaitement vos petites histoires.