Ce fut long. Le docteur travailla une bonne heure et mouilla sa chemise, comme le fit observer Languedoc.
Au bout de l'heure révolue, le docteur dit:
—Voici à peu près la chose. Au premier aspect, cela semble imparfait, mais, avant demain matin, la plaie aura pris l'aspect convenable.
Sur la poitrine du brave Languedoc, il y avait une tache noirâtre qui représentait assez bien une de ces merises que les gamins appellent des négresses—ou, mieux, un petit abcès menacé par la gangrène.
—Si on veut m'en faire autant, dit Guite avec résolution, je mordrai tout le monde et j'appellerai la garde.
—Le fait est, ajouta Saladin, que nous n'y sommes pas du tout!
—Attendez quelques heures..., voulut dire monsieur Samuel. Mais Languedoc, qui s'était levé pour aller se regarder dans un miroir, l'interrompit sans amertume ni rancune, et dit:
—Quant à ça, monsieur le médecin, vous m'avez gâté la seule place que j'avais de libre. Il n'y a qu'un moyen, c'est d'y mettre un emplâtre. Voyez-vous, chacun a son talent, et vous ne seriez pas reçu à l'examen du peintureur. Sans vous commander, c'est à votre tour de me prêter un bout de cuir pour que j'établisse un spécimen du signe de beauté qui doit orner l'estomac de la jeune personne. Si on lui flanquait un objet pareil sur la peau, les père et mère diraient malgré leur attendrissement: «Ça, ce n'est pas une cerise, c'est un vésicatoire!»
—Je vous avais prévenu, murmura le Dr Samuel un peu confus. C'est le poil qui s'oppose... On ferait une pelisse avec la peau de ce garçon-là!
—Montrez voir la vôtre! s'écria Languedoc qui avait remis sa chemise et qui releva gaillardement ses manches pour ouvrir sa boîte de peintre en bâtiment.