La duchesse, qui attendait depuis le matin en proie à une impatience fiévreuse, vit enfin le ciel s'ouvrir, quand sa femme de chambre, qui était prévenue, annonça sans en avoir demandé la permission:

—Monsieur le marquis de Rosenthal et mademoiselle Justine.

—Mademoiselle Justine! répéta la duchesse qui se leva chancelante; il m'avait dit...

Elle fut interrompue par l'entrée de monsieur le marquis, dont la première parole répondit à sa pensée.

—Madame la duchesse, murmura-t-il en s'inclinant respectueusement, il n'y a ici que votre fille. Je n'abdique pas des droits qui me sont plus chers que la vie, mais je m'efface complètement, entendez-moi bien, complètement devant votre grande joie de mère, et je sens que je serais de trop ici aujourd'hui. Je reviendrai, madame, seulement quand vous me rappellerez.

La duchesse, pendant qu'il parlait, avait traversé toute la chambre en s'appuyant aux meubles. Elle était, violemment émue et ressentait dans son cœur une reconnaissance immense.

Ne trouvant point de paroles pour répondre, elle jeta ses deux bras autour du cou de Saladin et l'attira vers elle pour déposer un baiser sur son front.

Saladin balbutia, les larmes aux yeux, ou du moins en essuyant ostensiblement ses paupières:

—Merci, madame, du fond de mon cœur, merci!

Puis il s'effaça, et, prenant mademoiselle Guite par la main, il la présenta à la duchesse en ajoutant: