Elle s'assit sur le divan et attira sa fille auprès d'elle.
—J'étais plus vieille que tu n'es maintenant quand je t'ai eue, reprit-elle; tiens! voilà un petit bracelet que tu portais, la veille du jour où tu me fus volée.
Elle lui montrait le bracelet rapporté par Saladin.
—Tu vois, continua-t-elle, car il n'y avait qu'elle à parler, et mademoiselle Guite restait là, de plus en plus embarrassée; tu vois, nous étions bien pauvres: il n'y a que les enfants des pauvres à porter des objets comme ceux-là. Mais maintenant, je suis riche! et si heureuse d'être riche à cause de toi! Hier soir, il faut que je te dise cela, je t'ai peut-être gagné une grande fortune... M'écoutes-tu?
—Oh! oui, madame, dit Guite, je vous écoute.
Les sourcils de la duchesse se froncèrent, exprimant une véritable colère.
—Tu mets bien du temps à m'appeler ta mère! prononça-t-elle presque durement.
Elle n'aurait point su expliquer d'où lui venait cette impatience qui agitait ses nerfs et qui ressemblait à du courroux.
—Je vous appellerai ma mère, murmura Guite machinalement.
—Bon! s'écria la pauvre femme, remarquant pour la première fois la pâleur qui couvrait le visage de sa fille, voilà que je t'ai fait peur! On dirait que tu souffres?